Vie de l'agence
26/02/2024

Accessibilité numérique : état des lieux du web français

Capture d'écran montrant la page d'accueil du site du RGAA, dans les bureaux de l'agence bluedrop.fr, dos à la mer méditerranée (ça pique hein)
Éducation, citoyenneté, santé, loisir... Le web est désormais indispensable dans tous les aspects de nos vies. De fait, l’accessibilité des outils numériques est devenue un enjeu d’égalité, d’intégration sociale et professionnelle dont les acteurs du web et les pouvoirs publics sont les garants. Nous vous proposons un état des lieux sur l’évolution du web français en la matière, de régulation qui l’encadre dans le but de préciser nos leviers d’actions.

L’accessibilité : permettre à tous les utilisateurs de percevoir, naviguer et interagir avec un produit numérique

Permettre à tous les utilisateurs de percevoir, naviguer et interagir avec un produit numérique, tel est le rôle de l’accessibilité. Un enjeu qui s’adresse plus particulièrement aux personnes en situation de handicap visuel, auditif, moteur ou cognitif, mais aussi à d’autres publics spécifiques tels que les enfants et les personnes âgées.

L’accessibilité numérique consiste à rendre les contenus web : 

  • Perceptibles : plusieurs bonnes pratiques permettent d’améliorer la perception visuelle et auditive, par exemple en proposant des alternatives textuelles aux images, en simplifiant la mise en page, etc.
  • Utilisables : fournir à l’utilisateur des éléments pour orienter la navigation, rendre les fonctionnalités accessibles au clavier, etc.
  • Compréhensibles : faire en sorte que les pages fonctionnent de manière prévisible, aider l’utilisateur à corriger les erreurs de saisie, etc.
  • Robustes : optimiser la compatibilité avec les technologies d’assistance par exemple.

Il s'agit d'un sujet loin d’être anecdotique, puisque 12 millions de personnes vivent avec un handicap en France, selon le ministère de la Santé. Notons également que trois quart des plus de 20 ans et 97 % des plus de 60 ans souffrent de troubles de la vision.

Garantir l'égalité d’accès, l’indépendance et l’intégration des personnes en situation de handicap

À l’heure où l’information et les services sont de plus en plus dématérialisés tant dans le secteur public (citoyenneté, immatriculation, assurance maladie) que dans le secteur privé (consultations médicales, services bancaires, achats en ligne), le web est une ressource de plus en plus importante pour tous les aspects de nos vies. 

À ce titre, l’accessibilité est une question d’égalité d’accès aux services numériques. Elle garantit l’indépendance, l’intégration sociale et professionnelle des personnes en situation de handicap, ce qui fait de l’accessibilité une condition sine qua non de la transformation numérique des services.

Pensé comme un "village global", les précurseurs de l'internet ont été portés par un idéal d'universalité. Ils ont voulu un espace pour tous les citoyens du monde, sans barrière d’éducation, de langue, de culture, etc.

Une vision qui va de pair avec le modèle social français et européen. En France, depuis 2005, la loi pour l’égalité des droits et des chances crée des obligations en matière d’accessibilité pour les sites publics et les entreprises ayant un chiffre d’affaires supérieur à 250 millions d’euros. Renforcée en 2023 suite à la Conférence National du Handicap, elle vient notamment d’introduire des sanctions allant jusqu’à 50 000 euros en cas de manquement et la désignation d’une autorité de contrôle (entre autres l’Arcom).

De son côté, l’Union Européenne a publié deux directives, en 2016, puis en 2019. En soutien, elle crée la norme EN 301 549 V2.1.2 (2028 - 08) basée sur le référentiel international Web Content Accessibility Guidlines (WCAG) établi par le W3C.

Ainsi les entités publiques et privées concernés doivent obligatoirement publier : 

  • Une déclaration d’accessibilité : suite à un audit basé sur le RGAA, le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité publié par l’État, qui permet d’évaluer le niveau d’accessibilité d’un produit numérique. Il est construit sur la base du travail du W3C.
  • Un schéma pluriannuel :  un document détaillant la politique d’accessibilité numérique d’une entité sur une période de trois ans maximum.
  • Un plan d'action annuel
Photo d'un ordinateur montrant la page d'audit du RGAA

Formation, outils et évaluation : les clés d’un produit numérique accessible ?

Selon plusieurs études et rapports, une des principales conditions d’amélioration de l'accessibilité est la formation des concepteurs et développeurs de projet web. Ils doivent comprendre les contraintes du handicap et connaître les bonnes pratiques associées telles que détaillées dans un précédent article

C'est pour cette raison, en ce qui nous concerne, que nous nous sommes dotés d’un référent accessibilité. Titulaire d’une certification professionnelle à l’accessibilité numérique, il peut : 

  • Détecter les erreurs d’accessibilité d’un site web en utilisant le RGAA ;
  • Concevoir une solution de correction pour chaque point de non-conformité ;
  • Informer et conseiller les parties prenantes, en les informant sur le contexte légal et technique de l’accessibilité numérique ;
  • Évaluer les correctifs techniques à la suite d’un audit.

Nous veillons également à accompagner nos équipes en interne sur cette thématique. 

Au quotidien, nos équipes s'appuient sur le RGAA ainsi que le travail du W3C (WCAG 2.1 et la norme ARIA). Concrètement, nous utilisons des outils dédiés à toutes les étapes de création d’un projet web : conception UX et UI design, développement Drupal, contrôle qualité, contribution.

Par exemple, nos designers contrôlent systématiquement les niveaux de contraste des couleurs grâce à l’outil Usecontrast

Drupal et l'accessibilité

Quant à Drupal, notre CMS favori, son architecture s'attache à respecter toujours un peu plus les normes et les bonnes pratiques de l'accessibilité web (WCAG) ! 

Drupal prend en effet en charge la création de formulaires accessibles en permettant l'utilisation de balises et d'attributs appropriés pour les champs de formulaire, les étiquettes et les messages d'erreur. Cela facilite l'interaction avec les formulaires pour les utilisateurs ayant des limitations motrices ou cognitives. Il permet aussi bien sûr d'ajouter des descriptions alternatives (texte alternatif) aux images, point essentiel pour les personnes ayant une déficience visuelle. Celles-ci permettent aux lecteurs d'écran de décrire l'image aux utilisateurs. 

Drupal dispose également d'une large gamme de modules d'accessibilité développés par la communauté qui étendent les fonctionnalités de base pour répondre à des besoins spécifiques. Par exemple, pour ajouter des fonctionnalités de lecture audio pour les utilisateurs malvoyants, pour améliorer la navigation au clavier, etc. 

Exemple de modules Drupal contribués pour améliorer l'accessibilité de vos projets :

  • A11Y: Form helpers, pour améliorer l'accessibilité de vos formulaires ;
  • Block ARIA Landmark Roles, module qui ajoute des éléments supplémentaires aux formulaires de configuration de bloc qui permettent aux utilisateurs d'attribuer un rôle de repère ARIA et/ou des étiquettes ARIA à un bloc.
  • CKEditor Abbreviation, module ajoute qui un bouton à CKEditor pour insérer et modifier des abréviations.
  • Editoria11y Accessibility Checker, module qui vérifie automatiquement le contenu contribué pour aider à la qualité de l'accessibilité éditoriale.
  • High contrast, module qui permet rapidmeent à l'utilisateur de basculer entre le thème actif et une version à contraste élevé.
  • Style Switcher, module qui permet aux visiteurs du site de choisir avec quelle feuille de style ils souhaitent afficher le site.
  • Text Resize, module qui permet à l'utilisateur de redimensionner la taille des typographies.
  • Automatic Alternative Text, module qui permet d'utiliser une IA pour renseigner le texte alternatif d'une image quand un utilisateur ne le fait pas...

Le contrôle de l'accessibilité et les joies du DSFR

L’équipe chargée du contrôle qualité dispose également de ses propres outils tels que des extensions de navigateurs pour tester la partie code de l’accessibilité. On peut citer Axe, Pa11y, WAVE, et Google Lighthouse qui peuvent identifier des anomalies telles que des images sans texte alternatif, des couleurs de contraste insuffisantes, des éléments interactifs non étiquetés, etc.

Par ailleurs, les étalbissemets publics disposent aujourd’hui du système de design de l’Etat (DSFR), une bibliothèque de composants web graphiques prêts à l’emploi. Ils sont construits et mis à disposition par l’État afin d'harmoniser les interfaces des sites institutionnels, de garantir le respect des normes d'ergonomie, d’accessibilité et les bonnes pratiques HTML-CSS.

Sur la base de nos connaissances, du DSFR, des référentiels et outils à notre disposition, nous avons pu réaliser quelques projets web accessibles pour des structures publiques et privées. Pour n’en citer que quelques-uns : 

Face à la demande croissante d’utilisation du DSFR dans nos projets, nous avons même industrialisé nos procédures pour disposer d'un "starter theme" Drupal prêt à l'emploi avec le DSFR ! Plus de détails dans notre article

Globalement, le chemin est encore long

La Fondation Contentsquare a réalisé en 2023 une étude visant à évaluer le niveau de conformité au RGAA des principaux sites français. Dans ce cadre, la fondation a audité les 50 principaux sites sur la base des 11 principaux critères du RGAA. Ces sites ont été classés en 4 catégories :

  • Banque (6) : Boursorama, Société Générale, BNP Paribas, LCL, La Banque Postale…
  • E-commerce (17) : Amazon, Le Bon Coin, Decathlon, Orange, Fnac, Booking…
  • Secteur public (9) : Pôle Emploi, Impots.gouv, CAF, Ameli…
  • Médias (18) : Le Monde, France Info, Allocine, Netflix, BFM TV, Meteo France…

Principales conclusions : 

  • 1 site sur 2 présentent un taux de conformité inférieur à 50% sur la base des critères analysés.
  • 1 site sur 2 ne respecte pas les obligations légales, c’est-à-dire ne publie pas de déclaration d’accessibilité ni de schéma pluriannuel.
  • 69%, c’est le taux de conformité moyen des sites publics analysés, de loin les plus avancés en termes d’accessibilité. Ils sont suivis de près par le secteur bancaire (61 %) et plus loin derrière les médias (44 %), puis les sites d’e-commerce (36 %).

La majorité des sites publics analysés dépassent 70% de conformité, ce qui atteste d’un véritable engagement. Un chiffre qu’il convient toutefois de nuancer puisque selon la DINUM, seules 45% des démarches administratives en ligne les plus courantes sont accessibles aux personnes en situation de handicap.

Pour la faire simple : de beaux efforts ont été accomplis, mais le chemin est encore long.